Il était prêt à me tuer, à me mettre à mort, à me battre à mort, juste pour ce que je suis


Témoignage de Joelle du Cameroun

Moi c’est Joelle. J’ai 21 ans et je réside à Douala.

Pour moi la définition de la violence basée sur le genre est le refus, le rejet et la discrimination d’autrui vis-à-vis de son orientation sexuelle.

Ma première expérience avec ce type de violence a été directe, c’était vraiment très désagréable. Et venant de mon papa. Quelqu’un de très proche.

C’était un dimanche tandis que je faisais la lessive dehors, j’ai reçu un SMS. Le téléphone qui sonnait, mon papa est allé prendre. Il a constaté que c’était un SMS. Il s’est mis à lire. Il est ressorti, bon ce jour je me suis quand même inquiétée. Je vois il sort rapidement, il montait. Je ne savais pas qu’il allait appeler ce numéro qui avait envoyé le message. Il est allé appeler, après avoir appelé, il rentre. Moi maintenant j’étais dans la chambre, j’ai pris le téléphone, bon je ne m’inquiétais pas. J’ai lu le message, je ne m’inquiétais pas. C’était une amie, euh avec qui j’ai fréquenté, qui n’était pas du genre[1]. Bon d’où, moi où je voulais déposer le téléphone, je me tourne, les coups de poings, je commence à recevoir des coups de poings « Ooooh !!! Tu es lesbienne !!! C’est ceci » j’ai dit ok, je ne suis pas. Qu’est ce qui te fait dire que je suis comme ça. Il dit « J’ai vu ton message, je suis allé appeler, c’est une fille qui décroche, en plus je parle elle m’insulte, elle me manque de respect » il me dit tout cela. J’ai dit mais comment tu peux me dire cela? Quelle fille? De quelle fille tu parles? Il dit celle qui t’a envoyé le message. J’ai dit comment celle qui m’a envoyé de message. Il s’est mis à me battre. Sa femme a suivi, elle s’est mise à crier. Les voisins sont sortis. On a été séparé.

Partout où je passais, j’entendais des nouvelles de mon papa. Partout où je vais voir ma fille, je vais la cogner avec la voiture, moi-même je lui ai donné la vie, je vais la reprendre.

Donc c’est depuis ce jour qu’il a commencé à enquêter sur moi… Et en ce moment j’étais en instance de séparation avec une amie et qui n’acceptait pas cette séparation. Je trouve que ça n’allait pas, je voulais qu’on prenne une pause, qu’on essaye un peu de prendre le temps et réfléchir. Mais elle n’acceptait pas. Je ne sais pas comment elle est rentrée en possession du numéro de mon papa. Un jour elle appelle mon papa, ils ont pris un rendez-vous, ils se rencontrent. Etant avec, elle appelle, elle m’appelle et met le téléphone sur haut-parleur. Elle se met à parler «Je t’ai dit que je n’accepte pas notre séparation, toi c’est seulement aller voir les bordelles» elle raconte du n’importe quoi. Et mon papa alors lui, il a écouté tout ça. 


[1] Elle fait allusion à l’appartenance à la communauté LGBT

Xonanji

Xonanji

J’étais couchée, je manipulais mon téléphone, il a pris le téléphone, frapper à terre, se mettre à me battre. Prendre la bouteille et casser sur ma tête (sanglot) avec ses ongles il m’a défiguré, m’a blessé, je saignais franchement de partout. Et en ce moment je tressais les locks. Il m’a tiré par les cheveux, toutes les bordures du côté droit étaient arrachées. Je saignais. Quand j’ai pu échapper entre ses mains, j’ai fui, je suis allée dehors; mais il était derrière, il me poursuivait. Quand je prenais un peu de la distance, il s’est mis a crié : «Bandite!!! Bandite!!!» c’est en ce moment que les gens sont tombés derrière moi. M’arrêtée, me mettre des coups de poings par ci des coups de poings par là. Et j’allais vraiment mal (pleurs) je me sentais vraiment mal. Ce jour j’avais franchement mal. Je n’arrivais pas à croire que bon c’est mon papa qui puisse me faire un truc comme ça. Il était prêt à me tuer, à me mettre à mort, à me battre à mort, juste pour ce que je suis. Ce que je suis c’est ce que moi je suis. Je n’ai pas forcé, je n’ai pas demandé à l’être. C’est ainsi que, il y avait un monsieur, qui passait aussi, bon peut être par pitié. Il est entré, il a essayé, il m’a retiré ente les mains de ces gens. Il s’est éloigné avec moi. Il m’a demandé ce qui se passe. Au fait moi je lui ai expliqué. Il m’a dit que non, il faut essayer de te calmer. Vas, ou si tu as un endroit où tu peux aller, vas-y d’abord ; moi j’étais vraiment mal, je ne parvenais pas à marcher. Quand j’ai pu échapper entre ses mains, j’ai fui, je suis allée dehors; mais il était derrière, il me poursuivait. Quand je prenais un peu de la distance, il s’est mis a crié : «Bandite!!! Bandite!!!» c’est en ce moment que les gens sont tombés derrière moi. M’arrêtée, me mettre des coups de poings par ci des coups de poings par là. Et j’allais vraiment mal (pleurs) je me sentais vraiment mal.

 

Ce jour j’avais franchement mal. Je n’arrivais pas à croire que bon c’est mon papa qui puisse me faire un truc comme ça. Il était prêt à me tuer, à me mettre à mort, à me battre à mort, juste pour ce que je suis. Ce que je suis c’est ce que moi je suis. Je n’ai pas forcé, je n’ai pas demandé à l’être. C’est ainsi que, il y avait un monsieur, qui passait aussi, bon peut être par pitié. Il est entré, il a essayé, il m’a retiré ente les mains de ces gens. Il s’est éloigné avec moi. Il m’a demandé ce qui se passe. Au fait moi je lui ai expliqué. Il m’a dit que non, il faut essayer de te calmer. Vas, ou si tu as un endroit où tu peux aller, vas-y d’abord ; moi j’étais vraiment mal, je ne parvenais pas à marcher. Et j’ai fait l’effort ce jour, comme la maison de mon papa est à Toguébé à Yaoundé, j’ai quitté là-bas, vers les 20h pour l’immeuble Jaco à pied. Je suis arrivée, l’argent que le monsieur m’a donné pour prendre le taxi (200 francs) j’ai préféré appeler mon amie. Je lui ai dit je suis devant ta porte, et mon papa a découvert que je suis lesbienne. Donc il s’est mis à me battre. Je ne sais où aller. Je saigne franchement de partout. Je me sens mal. Elle est sortie. Et comme sa maman, c’est du genre « les amiEs ne viennent pas à la maison». Elle a tout fait et puis moi je suis rentrée.  Et elle a dit à sa maman, qu’elle ne se sentait pas bien, elle allait s’acheter des médicaments en route. Elle est allée m’acheter des anti-inflammatoires, et les antibiotiques pour essayer de calmer la douleur parce que j’avais vraiment mal. J’étais couchée là, sa maman ne savait même pas que j’étais là. Je suis rentrée, et quand sa maman voulait rentrer dans sa chambre, il fallait que j’aille me cacher dans l’armoire pour qu’elle ne me voit pas. Bon j’ai essayé de rester pendant trois jours chez elle. Elle-même elle n’en pouvait plus, parce que du jour au lendemain sa maman pouvait être au courant qu’elle hébergeait quelqu’un dans la maison. Elle m’a demandé d’essayer de voir où je peux partir. Quand ça allait un peu mieux. Je suis allée où je m’entraînais. En ce moment je faisais du renfort à l’équipe des All Star à Yaoundé. Il y avait un coach, je suis allée le voir. J’ai essayé de l’expliquer ce qui n’allait pas.  Et que je ne savais pas où passer la nuit. Il m’a dit ok tu peux passer la nuit à la maison. J’ai dit oui, je suis allée ce soir-là. Bon je ne savais pas qu’il était dans une chambre et il était un homme marié. Je me sentais vraiment mal à l’aise. Je me demandais, mais qu’est-ce que sa femme en pense. Elle va se dire que je suis peut être une de ses dragueuses, de ces filles qu’il drague ; je ne sais pas. 

J’ai déposé la main sur la voiture pour essayer de prendre équilibre pour tourner et fuir. Il a lancé la machette, dès que j’ai enlevé ma main, la machette est sur la voiture. Donc c’est-à-dire qu’il voulait vraiment me couper la main. J’ai commencé à fuir, il a lancé la machette, ça m’avait blessé au dos. 

Le lendemain donc, il y a une autre amie, à Yaoundé, elle s’entrainait avec nous, elle loue un studio. Elle m’a dit que, il faut venir on reste ensemble. Je lui ai expliqué, elle m’a dit vient on reste ensemble, il n’y a pas de soucis. Elle était là chaque jour, on mangeait, on sortait, il y avait pas de soucis. Quand j’étais sur pied, j’ai recommencé à m’entraîner, je jouais mais j’avais toujours peur de marcher dehors. J’avais toujours peur, parce que partout où je passais, j’entendais des nouvelles de mon papa. Partout où je vais voir ma fille, je vais la cogner avec la voiture, moi-même je lui ai donné la vie, je vais la reprendre. Ce sont des termes, qu’il n’arrêtait pas d’utiliser. Que moi je t’ai donné la vie, je vais la reprendre et tout ça. Bon j’avais tellement peur. 

Quand je marchais, chaque fois  je sursaute dès que je vois peut être une voiture, la voiture accélère un peu. Dès que j’attends « oooooooooohhhhh !!!» j’ai peur. Je marchais avec la frayeur dans le cœur. C’est où j’ai trouvé un boulot, il y a une amie. Mon amie qui m’avait hébergée ce soir-là, elle m’avait dit que là où elle bossait dans un snack bar, qu’il y a un monsieur qui cherche quelqu’un pour le restaurant. Le même soir, je suis allée. On s’est entendu sur les modalités, ça allait. J’ai commencé à travailler là. J’ai commencé un peu à me relever un peu. Ça allait un peu mieux. Je n’avais pas de pièces sur moi ni de carte d’identité, rien rien. Tout était resté à la maison. Et je n’avais pas accès à la maison. 

Un soir alors après mon salaire, j’ai donc décidé, qu’il faut que j’aille chercher ma carte d’identité tout ça. C’était euh, je dirai, un truc comme sept mois après ce qui s’est passé. Je suis allée ce jour, à la maison, je me suis dit que les tensions ont baissées, bon qui ne risque rien n’a rien. Je vais aller à la maison et voir si je peux rentrer en possession au moins de mes pièces, j’ai fait sept mois sans ma carte d’identité. J’avais même pas mes diplômes. Mon BAC et tout ça, c’est resté là. D’où alors j’arrive, il était dans le salon. Je rentre, je dis bonsoir ; il se lève et dit « qu’est-ce que tu viens faire ici? » j’ai dit « Stp papa, j’aimerais juste avoir ma carte d’identité, le relevé de mes diplômes, pour pouvoir chercher du travail avec » il était en train de boire du whisky dans un verre. Il a pris le verre et lancééé! J’ai dit ok, si c’est comme ça, les tensions ne sont pas encore baissées. Je suis sortie, je suis montée. Je cherchais… puisque j’avais des verres, j’avais des problèmes d’yeux. Je suis montée chercher les pièces pour prendre la moto et rentrer. J’avais la tête baissée, je voulais prendre, quelque chose m’a dit, lève la tête, dès que je lève la tête, mon papa était à 2 mètres de moi avec la machette. 

Xonanji

Aujourd’hui je peux dire que, je vis avec la peur. Même étant à Douala, quand je marche, je regarde derrière. J’ai toujours peur.

Cette nuit-là il avait plu, il était vers les 19h. C’est où alors je me mets à prendre la fuite. Il y avait juste une voiture garée après moi. J’ai déposé la main sur la voiture pour essayer de prendre équilibre pour tourner et fuir. Il a lancé la machette, dès que j’ai enlevé ma main, la machette est sur la voiture. Donc c’est-à-dire qu’il voulait vraiment me couper la main. J’ai commencé à fuir, il a lancé la machette, ça m’avait blessé au dos. Il a lancé, ça m’avait pris à la main. Il voulait me fendre. Quand j’ai glissé je suis tombée, il a même lancé la machette. J’avais des blessures au dos, jusqu’aujourd’hui j’ai encore les cicatrices de ça. Je peux apporter les habits, un genre parce que j’ai les cicatrices derrière le dos. J’ai essayé de fuir, ce jour-là j’ai cassé mes verres là-bas. Et lorsque, j’essayais de prendre la distance comme la dernière fois, il s’est mis à dire : oooooohhhh bandite ! bandite !!! Elle a volé !!! Arrêtez la oh !!! Et les gens se sont levés me poursuivre et se mettre à me battre, me taper (sanglots) il y a un gars qui me connaissait, il a garé la moto que je monte sur la moto. Dès que je monte sur la moto on tire la moto, on nous renverse. On m’a battu ce jour, j’avais mal à l’œil, j’avais l’œil tout rouge. J’ai….(pleur) c’était vraiment atroce. 

Je vous assure, je n’aimerais vraiment pas revivre cette expérience, parce que, il m’a promis la bastonnade, il m’a promis la mort!!! Il a dit partout où il me verrait, il va me battre, il va me tuer avec la moto. Il avait dit à la famille que j’étais dans la secte. Quand j’appelle n’importe qui, on me raccroche au nez. Ça n’allait pas, même au moment où, j’étais malade, j’avais rien. Je ne pouvais appeler  personne. Quand j’appelle, on me raccroche au nez. On me dit « je veux pas mourir, je veux pas que tu me prennes pour aller mettre dans la secte et tout ça » et c’est toute ma famille (sanglots) toute ma famille m’a rejeté et… du jour au lendemain, je ne savais pas où me placer, j’avais tellement peur, quand je marchais dans la ville. Un bon matin, j’ai dit, bon, dès que j’ai reçu mon salaire, j’ai dit, je vais aller sur Douala.  Je vais essayer d’aller sur Douala, me battre. Je suis arrivée sur Douala, avec le sac au dos, je n’avais rien. Et l’argent que j’avais économisé, j’avais environ 150 000 sur moi, je suis venue m’installer. Au début j’avais rien j’ai essayé. C’est comme ça que j’ai essayé de me battre, petit à petit. Je peux vous dire que ça n’a pas vraiment été facile. Pas facile…. pas facile (sanglots) bon j’ai essayé de faire avec ce que j’avais. Quand ça a commencé un peu d’aller, quand j’ai côtoyé les sites comme Facebook, c’est là où je suis tombée sur « les LB du Cameroun » et j’ai essayé de poser mes problèmes. Jusqu’aujourd’hui pas de papier ; pas de diplôme. Tout a été confisqué. Et que récemment, j’ai essayé de refaire ma carte avec une copie de ma CNI que j’ai retrouvée. Aujourd’hui je peux dire que, je vis avec la peur. Même étant à Douala, quand je marche, je regarde derrière. J’ai toujours peur. Quand je marche. Parce qu’aujourd’hui, il envoie toujours les nouvelles, qu’il va me tuer. Deux ans après, jusqu’à deux ans après, il dit toujours qu’il va me tuer. Et vraiment, je ne sais pas. Bon je n’ai eu recours…..je n’ai aucun recours pour condamner. Je ne savais pas vers qui me tourner, je ne connaissais pas mes droits. Je ne savais rien au fait. Moi, déjà on m’avait mis dans la tête que ce que je fais, c’est un crime, c’est… bon on m’avait tout raconté, donc je savais que j’étais vraiment eeehhh, le diable sur terre, une personne, qui ne méritait pas de vivre. Je ne savais pas quoi faire, rien.

J’ai eu une autre violence comme ça mais c’était avec ma grand-mère. Quand je suis allée à l’ouest pour saluer ma grand-mère, en plein marché !!!! Elle m’a descendue « oooohhhh !!! Lesbienne », machin tout ça. Oooohhh !!!Lesbienne, tu viens me présenter ta femme? Je ne veux pas te voir, vas t’en !!! Les gens du marché, ceux qui suçaient les oranges, ont commencé à me lancer, les peaux d’oranges, me lancer la saleté, ouhhhhhhh !!! Des gens qui huaient derrière moi. J’étais obligée de quitter, je suis rentrée. Depuis ce jour, plus … de contact avec ma famille, jusqu’à ce jour. Personne et personne ne m’appelle, personne ! Quand j’appelle on me raccroche au nez. Rien rien rien !

Bon moi mon engagement personnel, je dirai je suis prête à tout, je peux tout faire. Suffit juste de me dire de faire telle chose, moi je vais aller faire. Pourvu que cette violence cesse, parce que c’est … c’est vraiment pas facile. C’est un truc qui fait très mal (voix rauque) vraiment difficile. Puisque aujourd’hui je vis avec la peur. Euh bon, je ne trouve pas ça facile. Moi je suis prête à tout hein, suffit de me dire ce qu’il faut et je le ferai.