J'ai toujours cette image... 


Témoignage de Perpétue du Cameroun

Moi, c’est Perpétue j’ai 23 ans, je suis camerounaise.

J’étais dans un bar, dans un bar au camp… en fait. J’étais avec une amie, une copine à moi avec qui je sortais. Il y avait un monsieur en fait bon, il s’est avancé vers moi, il a voulu me faire la cour et tout. Bon moi je lui avais déjà dit que ce n’était pas possible, que je ne voulais pas. Bon, il insistait et ma copine lui avait dit non elle ne sort pas avec les hommes, elle est lesbienne et tout, nous sommes ensemble et tout et tout. Le monsieur s’était donc enflammé, il a giflé ma copine. Moi aussi voulant faire genre, défendre ma copine, je me suis lancé vers lui, il m’a claqué aussi et puis il s’était mis à crier sur nous, nous afficher genre des lesbiennes, ce n’est pas autorisé ici au pays, en tout cas je vais alerter les gens et tout, vous n’êtes que des lesbiennes, c’est interdit et tout et tout. Que c’est normal, comment deux filles peuvent sortir ensemble ? Ça ne se fait pas, ça c’est Sodome et Gomores. Bon après avoir appelé mon oncle, il était venu, il nous a pris mais en passant déjà quand nous étions en train d’emprunter le taxi il y avait des regards, les regards des passagers même qui nous insultaient de lesbiennes et tout. « C’est sure que celui-là même là qui est venu vous prendre est un pédé et tout et tout. » Donc c’était ça.

Mon oncle ne connait pas mon orientation sexuelle en fait. Et après il m’a demandé c’est quelle histoire ça. Moi j’ai menti, j’ai dit : « le monsieur est venu vers nous, nous faire la cour. C’est parce qu’on a refusé, il nous a sauté dessus quoi. » 

Des lesbiennes, ce n’est pas autorisé ici au pays, en tout cas je vais alerter les gens et tout, vous n’êtes que des lesbiennes, c’est interdit et tout et tout.

J’ai été aussi victime de violence sur la base de mon orientation sexuelle, il s’agit d’un homme, bon en fait il m’avait fait la cours. Il m’avait fait la cour dans un taxi. On s’était échangés de contacts et tout, il m’avait appelé, il m’a invité une fois, je suis allée. Bon il m’avait fait comprendre qu’il était vraiment intéressé par moi, et qu’il voulait que je sois sa copine quoi, qu’actuellement il n’avait pas de copine et tout et que j’étais bien. Il voulait avoir une relation sérieuse avec moi et moi je lui avais dit : « je ne peux pas être ta copine », parce que déjà moi, je ne lui avais pas dit clairement que j’étais une lesbienne mais je lui avais dit genre bon moi, « je ne peux pas sortir avec toi parce que je ne suis pas trop homme en fait. » Il m’avait demandé pourquoi ? Je lui avais dit comme ça parce que j’ai été trop enfermée durant ma jeunesse quoi. Donc je ne voulais pas. Il m’a donc demandé si j’ai eu à coucher avec une fille, je lui ai dit oui. Et il me dit comment se fait-il que tu couches avec une fille ? En couchant avec la fille est ce que tu avais eu un plaisir quelconque ? Je lui avais dit oui et tout. Bon après il m’avait donc dit qu’il n’y a pas de soucis, on peut rester des amis. Bon il a dit qu’il voulait vraiment qu’on soit amis, j’ai compris qu’on restait de simples amis, du genre il pouvait m’appeler pour m’inviter et tout. Je lui avais dit oui et il continuait à m’appeler, on s’écrivait mais on ne se voyait pas. Il me dit donc : ça te dirait de venir chez moi et tout ? Je lui avais dit je ne pouvais pas passer, j’étais avec une copine. Il me dit qu’elle copine ? Je lui avais dit une go, en blaguant genre une go oui ma copine et tout. Il me dit tu es sérieuse ? Je dis oui. Il me dit ok il n’y a pas de souci quand tu seras disponible fais-moi signe. 



Je lui avais dit je ne pouvais pas passer, j’étais avec une copine. Il me dit qu’elle copine ? Je lui avais dit une go, en blaguant genre une go oui ma copine et tout. Il me dit tu es sérieuse ? Je dis oui. Il me dit ok il n’y a pas de souci quand tu seras disponible fais-moi signe. 

Plus le temps passait, les mois, les jours et tout, et un jour comme ça il m’appelle et dit mais toi tu ne m’appelle plus depuis, tu ne fais pas signe depuis, c’est quoi ? Tu m’as déjà mis de côté ? J‘ai dit que je veux être ton ami, même l’amitié tu ne veux pas ? Je lui avais dit que ce n’est pas ça, j‘étais trop occupée. Il m’a donc invité chez lui. 

Quand nous sommes arrivés chez lui, il m’a donné à manger, il m’a donné à boire, on a bavardé, il m’a fait visiter la maison genre bon,  « si tu as fini, viens je vais te faire visiter la maison et tout et tout. » Nous sommes allés à la cuisine, on a visité le parking, nous sommes allés à l’étage en fait. On a visité les douches et tout, les chambres, et après nous sommes allés dans la chambre principale qui était sa chambre. Il a fermé la porte, il m’a dit, tu sais tu m’excites et tout. Je lui avais dit bon t’exciter comment ? Je ne comprends pas. Il me dit tu es une femme, tu ne m’excite pas comment ? Comment peux-tu dire que tu ne comprends pas ? Genre je veux faire l’amour avec toi. Je lui avais dit que non ce n’est pas possible. Il me dit ce n’est pas possible comment ? Donc on ta dit que je t’ai fait venir ici parce qu’il fallait qu’on cause ou quoi que ce soit ? Je veux coucher avec toi. Je lui avais dit non. Bon il s’était mis à me violenter, il m’a giflé, il a pris ma main en fait il a bloqué derrière. Bon il me tenait par le coup, il m’a bloqué contre le mur. Comme j’avais la robe, il avait soulevé ma robe, il s’est protégé et m’a mis sur le lit en fait. Il a bloqué mes mains, il a attaché mes mains. Il a commencé à faire ses choses, il me dit tu aimes ? Tu n’aimes pas ? Tu aimes ? Pourquoi tu sors avec les filles et tout alors qu’il y a des gars comme moi qui peuvent bien te garder, bien te faire l’amour. Bon je pleurais, j’étais en larme, je lui disais juste dit si tu as fini laisse-moi partir. Il m’a encore giflé, il me dit finir de quoi ? Je n’ai pas fini, tu vas rester ici jusqu’à ce que je finisse de faire ce que j’ai à faire. Quand il avait fini, il m’a dit c’est parti, part. 

Tu es une femme, tu ne m’excite pas comment? Comment peux-tu dire que tu ne comprends pas?

Bon j‘étais traumatisé, je suis allé voir mon papa. J’ai vu mon papa, je lui avais expliqué, nous sommes partis ensemble,  il n’était pas là. Après donc mon papa m’avais dit de lui faire genre piège, genre j’ai envie de le voir, j’ai oublié ce qui c’était passé. Il a dit ok et tout. Nous sommes allés, je l’ai appelé, il m’a dit qu’il arrivait genre dans une heure. On l’attendait, en fait il ne savait pas que j’étais avec mon père. Quand il est arrivé, il m’a appelé en me disant : « Tu es où ? Je suis déjà là tu peux venir » Nous sommes descendus, on a sonné, il a ouvert le portail. Je l’ai montré à mon papa : « c’est lui le monsieur qui m’avait violé ». Il a d’abord nié qu’il ne m’a jamais violé, est ce qu’il peut violer une grande fille comme moi et tout et tout, que j’étais d’accord. J’avais expliqué à mon père, il avait compris. Nous sommes allés, on a porté plainte contre le monsieur. La police est allée l’embarquer chez lui, on l’a amené, c’était un peu ça. Mais, c’était la seule fois que je vivais une situation pareille. Et c’est mon papa a porté plainte. Mais le monsieur a été enfermé pendant seulement deux semaines. Au commissariat, il a fait allusion au fait que je suis lesbienne mais mon père a démenti, et moi aussi.

 

 

 

Il a bloqué mes mains, il a attaché mes mains. Il a commencé à faire ses choses, il me dit tu aimes? Tu n’aimes pas ? Tu aimes ? Pourquoi tu sors avec les filles et tout alors qu’il y a des gars comme moi qui peuvent bien te garder, bien te faire l’amour.

Xonanji

Cette violence qui s’exerce que les lesbiennes n’est pas normal en fait et ce n’est pas bien. Pour moi déjà je me dis que tu sois homo ou que tu sois hétéro, nous devons avoir les mêmes droits. Nous devrions être vu de la même façon et ne pas juger les gens. Peut-être moi je me sens bien avec des femmes. Peut-être un autre homme va te dire qu’il se sent bien avec une femme, ou un homme dira qu’il se sent bien avec un homme et tout. Je n’accepte plus la cour des hommes parce que j’ai vraiment, vraiment été traumatisée parce qu’après j’étais allé à l’hôpital, on m’avait fait des examens et j’ai toujours cette image en fait.

Ce qui m’a poussé à me rapprocher des associations identitaires, en fait déjà moi je ne savais pas qu’il existait une association de ce genre. C’est une amie à moi qui m’a parlé de cette association HUMANITY FIRST. Elle m’avait parlé, elle ne m’avait vraiment pas expliqué en profondeur mais déjà j’avais été intéressée. Si je suis venue c’est juste pour combattre pour le droit des homosexuels (les) et tout. Moi j’aimerais peut-être que notre association aille de l’avant. Je ne sais pas si elle peut faire quelque chose pour nous les gays. Genre peut être tu as ta copine, tu te balades avec elle n’importe comment, que tu sois à l’aise en te baladant, qu’on ne te frustre pas, ou qu’en marchant des gens sortent de nulle part ailleurs et te traiter de lesbienne et de ceci. J’aimerais bien qu’on ait les mêmes droits que les hétéros en fait. Qu’on ne soit plus stigmatisées, que nous ayons les mêmes droits quoi.