Des violences faites par des inconnus dans la rue je ne peux même pas compter 


Témoignage de Thérèse du Cameroun

Moi c’est Thérèse, j’ai 28 ans.

La première expérience à laquelle j’ai fait face, à laquelle j’ai été exposée c’était en milieu universitaire. La première cité dans laquelle j’ai eu à rester. J’avais des voisins complètement homophobes qui n’ont pas manqué de me le faire savoir des façons les plus violentes possibles. J’ai eu des messieurs qui m’ont menacée verbalement, ils ont menacé à ma vie si je ne décidais pas de changer. Ils ont menacé d’atteindre ma compagne parce qu’elle était dans le corps enseignant. Ils ont dit comment l’éducation de leurs enfants pouvait se faire avec de pareils gens dans l’enseignement. Ils ont vraiment employés des paroles vraiment dures, ils ont monté les femmes de leurs voisins, leurs familles et leurs entourages qu’ils devaient concorder une guerre froide. On ne me parlait pas, on me traitait comme par arrière de la société. Bon j’ai vraiment traversé cette période-là parce qu’ils ne venaient pas à moi directement. Ils étaient de leur côté et j’étais du mien. Je sentais juste cette réticence-là. 

Ensuite j’ai déménagé de là; je suis allée dans une autre cité. Là c’était encore plus grave parce que là mes voisins venaient s’asseoir devant ma véranda à l’intérieur de mon balcon pour me dire chaque matin c’est-à-dire c’est eux qui me réveillait à 6h, ils disaient non je devais arrêter ça, que j’étais en train de polluer la cité et qu’ils allaient faire venir un commissaire ou des agents de la sécurité pour m’arrêter. Ils l’ont fait pendant une semaine. Pour que je sorte de chez moi il fallait que je leur demande de me céder le passage. Ils étaient placés là, ils ne réagissaient pas mais ils attendaient juste une interaction. Ils étaient devant moi et il fallait que je les ôte  pour passer, pour sortir de chez moi. En même temps quand je revenais et qu’ils me voyaient arriver ils faisaient le même scénario. Ils se mettaient devant ma porte et me frustraient moralement, me lançaient des insultes, me menaçaient et tout. Bon ç’a duré un temps. 

Xonanji

Ils ont menacé d’atteindre ma compagne parce qu’elle était dans le corps enseignant. Ils ont dit comment l’éducation de leurs enfants pouvait se faire avec de pareils gens dans l’enseignement.



Aussi dans la famille, j’ai eu des problèmes dans la famille. J’ai un frère qui m’a demandé de libérer le domicile familial parce qu’effectivement j‘étais homosexuelle et donc il ne partageait pas ça, il n’y a pas ça dans sa famille. Il fallait donc que je libère la famille et que je considère que je n’ai plus de famille. J’ai eu ces violences-là. Et il m’a menacée physiquement, il m’a menacée verbalement. Il m’a dit que s’il me rencontrait encore avec une fille qui qu’elle soit il m’arrêterait. C’est mon grand frère, il a failli porter main sur moi, il y a eu des gens qui l’ont arrêté mais si on était que deux il aurait franchi ce pas.

Pour les acteurs de ces violences, bon il y a eu d’une part des proches la famille, mon frère et d’autre part des inconnus c’est-à-dire les voisins et même dans la rue des gens qui en passant regarde ton allure et estiment que tu appartiens à une catégorie de personnes et décident impunément de lancer des mots, de lancer des saletés, de lancer des menaces et bon on passe.

Bon de façon directe c’est-à-dire de façon permanente, des violences qui ont été faites par des personnes que je connaissais précisément il faut compter environ cinq, six fois ou plus mais des violences faites par des inconnus dans la rue je ne peux même pas compter parce que c’est tellement récurrent c’est tous les jours, tous les jours. A force même on s’habitue et puis on passe dessus du moment où ils ne viennent pas précisément. Je crois que là-dessus, c’est mon allure physique qui freine beaucoup de gens. 

Chouf

Des violences faites par des inconnus dans la rue je ne peux même pas compter parce que c’est tellement récurrent c’est tous les jours, tous les jours. A force même on s’habitue

Parce que je vois cette violence-là dans leurs yeux et j’imagine si j’avais été quelqu’un plus frêle, plus faible vraiment j’aurais eu mal à partir. Mais là je pense que cette allure, ce physique là les freine beaucoup mais ce n’est pas l’envie qui les manque. Je vis ça tous les jours bon je ne peux pas compter, je ne peux pas compter.

Moi la principale action à laquelle j’ai eu recours c’était en milieu universitaire, la deuxième c’était la cité dans laquelle mes voisins étaient devant ma porte puis ils me menaçaient d’amener des agents de l’ordre m’arrêter parce que j’étais homosexuelle. A ce niveau-là j’ai eu recours à une association qui existait à l’époque. Ils avaient à leur disposition un avocat et je crois aussi un huissier de justice. Je les ai appelé, ils m’ont envoyé un avocat, un huissier aussi et je crois deux ou trois personnes de la loi. Ils sont venus, ils ont constaté la violation de domicile parce que le jour où ils sont arrivés fort heureusement je dirais, ils étaient toujours là devant ma porte, on a dû les écarter nous sommes entrés. Ils ont notés ce constat-là : la violation de domicile. 

Xonanji

Donc à mon petit niveau chaque fois que je rencontre quelqu’un qui a ce genre de problèmes, je me force de lui expliquer ou de l’amener vers qui de droit pouvant lui expliquer, lui montrer qu’il n’a pas besoin de subir ça, qu’il peut se défendre.

faux témoignage et diffamation de nom et ils devraient répondre pour ça. Ils ont été fermes. Et les voisins ont compris, ils ont libérés les lieux, ils se sont carapatés; ils ont mêmes déménagés.

C’est là où j’ai eu la paix, j‘ai repris de l’assurance. Après une année en cité où je partais, j’étais vraiment calme parce que cette histoire a fait vague dans l’océan, les gens ont compris qu’on a des droits, qu’on ne peut pas nous malmener n’importe comment et impunément donc ça s’est transmis. Partout où j’allais, ils étaient réticents, bon ils n’étaient tout de même pas menaçants.

Personnellement d’abord, il y a l’assurance puisque je suis sûr de moi, je sais que je n’ai pas commise une faute, je ne me reproche de rien et donc je n’ai pas à subir les frustrations des autres. Donc j’estime qu’à chaque fois que je suis face à ce genre de problème, je m’affirme d’abord, je me protège d’abord parce que je ne permets pas à ce qu’il entre dans moi avec ces violences morales donc je mets d’abord ces limites-là. Et donc je fais l’effort de leur dire chaque fois aux gens que je rencontre, je leur fais comprendre qu’ils ont des droits.  Ils n’ont pas à subir certaines choses, ils n’ont pas à subir les frustrations des autres donc ils doivent se défendre et ainsi de suite et à force de le faire ces gens-là resteront à leur place et il y a la loi pour ça. Et justement le problème c’est que beaucoup de gens ne savent pas qu’ils sont protégés par la loi, beaucoup de gens ne savent pas quels sont leurs lois. 

Donc à mon petit niveau chaque fois que je rencontre quelqu’un qui a ce genre de problèmes, je me force de lui expliquer ou de l’amener vers qui de droit pouvant lui expliquer, lui montrer qu’il n’a pas besoin de subir ça, qu’il peut se défendre. Et aussi je fais l’effort de le rapprocher des associations parce que seul on ne peut vraiment rien faire hors dans le milieu associatif on retrouve d’abord le soutien morale ensuite physique parce que quand on voit un nombre, quand on voit beaucoup de gens c’est beaucoup plus imposant, beaucoup plus impressionnant que lorsqu’on est seul. Et donc je m’approche beaucoup des associations. Là aussi, il y a beaucoup de conseils misent à disposition. Des choses dont on n’est pas au courant forcément et qui grandissent notre expérience et nous permettent de nous exprimer mieux face aux situations concrètes. Et justement je fais aussi l’effort d’amener le maximum de gens que je peux vers le milieu associatif parce que ce qu’on ne peut pas avoir dans la rue au milieu de toutes ces violences on peut le retrouver dans les associations avec les gens avec qui on se comprend et qui ont eu à traverser les mêmes violences.